lundi 26 octobre 2009

Weeds and drugs.

Je veux bien sûr parler des plantes utilisées par certains animaux dans un but d'auto-médication. En effet, loin d'être les seules bestioles à s'offrir quelques décoctions et tisanes afin d'améliorer notre résistance à la maladie ou aux infections, certains animaux semblent eux aussi utiliser les propriétés naturellement antiseptiques et/ou antifongiques de certaines plantes.

Fourmilière de Formica paralugubris

C'est par exemple le cas d'une fourmi, communément appelée Fourmi des bois (Formica paralugubris). Cette espèce a été observée en train de ramener de la résine de conifère dans leurs nids, sans pour autant que celle-ci n'ait une quelconque valeur nutritive. Les chercheurs se sont alors questionnés sur ce comportement étrange, notant que les quantités entreposées dans les nids peuvent être considérables : jusqu'à 20kg dans les grandes fourmilières. Autre donnée, cette résine est préférentiellement appliquée sur la surface du nid et dans les pouponnières où sont élevées les larves.

Formica paralugubris

Connaissant la fonction antiseptique de la résine pour les conifères, qui la sécrètent pour panser et protéger les blessures contre les infections bactériennes et/ou parasitaires, les chercheurs se sont demandés si ces fourmis ne l'employaient pas pour un usage similaire.
Il est vrai que les espèces sociales, comme les fourmis, sont particulièrement sujettes aux infections bactériennes et à la transmission de parasites. La promiscuité des individus étant un agent facilitateur de contamination. De plus, les fourmis vivent dans des terriers aux conditions généralement humides et chaudes, Éden pour tout pathogène qui se respecte.

Des expériences ont alors été menées sur des fourmis adultes et au stade larvaire, dans 4 conditions bien distinctes :
1-Le premier test est un test de contrôle, où les individus ne sont pas mis en contact ni de pathogène, ni de résine.
2-Les fourmis sont uniquement mises en contact avec de la résine, afin de voir si elle a un effet quelconque à elle seule (bénéfique ou toxique)
3-On met les fourmis avec l'élément pathogène seulement
4-On met les fourmis avec l'élément pathogène ET de la résine.

Dans ces 4 expériences, la survie des individus est mesurée au cours du temps et voici quelques résultats :

Les petites étoiles indiquent les différences significatives entre deux résultats, indiquant un Pvalue<0.05

Ici l'expérience est conduite avec un agent bactérien commun et connu pour être un élément dangereux pour cette espèce de fourmi appelé Pseudomonas. Comme l'indiquent les courbes, la bactérie engendre un fort déclin dans la survie des fourmis, cependant, lorsque l'on rajoute de la résine, alors le taux de survie remonte de façon significative.

La même expérience a été menée sur des larves de fourmis, avec deux éléments : Pseudomonas, et un champignon parasite : Metarhizium anisopliae.


Comme observé pour les fourmis adultes, l'emploi de résine restaure de façon très significative la survie des individus. Ceci est l'une des toutes premières preuves expérimentales de l'utilisation de plante pour des raisons médicales dans le monde animal.
Ainsi, cette très belle expérience nous démontre que les espèces sociales, souffrant particulièrement du parasitisme et des agents infectieux, sont capables de développer des parades intéressantes, que ce soit l'épouillage, la gestion des déchets, ou l'utilisation de plante aux vertues antiseptiques.

D'autres exemples sont connus à travers le monde animal, notamment chez l'étourneau sansonnet, dont le mâle apporte au nid diverses plantes aux composants volatiles et antiseptiques, qui semblent renforcer la résistance des poussins contre les parasites et réduire l'envahissement du nid par les bactéries.

Etourneau Sansonnet

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Sources :

Michel Chapuisat, Anne Oppliger, Pasqualina Magliano, and Philippe Christe, Wood ants use resin to protect themselves against pathogens, Proc R Soc B 2007 274: 2013-2017.

Helga Gwinner and Silke Berger, European starlings: nestling condition, parasites and green nest material during the breeding season, Journal of Ornithology 2005 365-371

mardi 20 octobre 2009

Wikipédia

Bonjour les amis,

Le blog est fort inactif ces derniers temps et pour cause : le master prend beaucoup de place dans mon emploi du temps, et nos profs, forts inventifs nous font faire des travaux gourmands en heures. Mais les deux ne sont pas incompatibles, j'ai donc le plaisir de vous donner un lien vers un des travaux que nous devions accomplir dans le cadre d'une UE d'écologie évolutive : une modification/amélioration de l'article Wikipédia sur la compétition spermatique.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Comp%C3%A9tition_spermatique

Cette version est celle que moi et deux camarades avons écrite. Elle contient encore probablement des coquilles en attendant la version finale de ce soir.

Donc voilà, si vous êtes intéressés par l'article que j'ai fait précédemment "fierté masculine" et que vous voulez en savoir plus, Wiki est votre ami !

samedi 26 septembre 2009

Fierté masculine

L'accouplement. Certainement l'évènement le plus important dans la vie d'un organisme. La raison même de son existence. Afin de réussir ce noble but, les êtres vivants nous offrent, comme à leurs habitudes, un panel de stratégies plus farfelues les unes que les autres. En voici quelques petits exemples que j'ai trouvés au détour d'un papier sur la compétition spermatique. (Ludovic Arnaud, 1999).

Les mâles, en particulier chez les insectes, ont un grand problème dans la vie : faire des bébés. Les femelles étant très généralement polyandres (c'est à dire qu'elles s'accouplent avec plusieurs mâles), la garantie de paternité est très loin d'être assurée. Alors ces derniers redoublent d'idées pour changer tout ça. Par exemple, Necroscia sparaxes (espèce de phasme) prolonge l'accouplement de façon indécente : 79 jours. Ainsi il empêche sa dulcinée d'aller voir ailleurs. Paternité garantie.

Photo d'une espèce cousine de Necrosia sparaxes (pas de photos dispo). Une stratégie reproductrice qui en bouche un coin ! (pardon pour cette blague hautement graveleuse)

D'autres, comme Scatophaga stercoraria (mouche dont le nom devrait vous faire deviner son identité), rencontrent leurs partenaires sur des bouses, et dès qu'ils commencent l'accouplement s'envolent avec elles loin des autres mâles. La densité de concurrents diminuant, le mâle augmente ses chances de réussite.

Deux Scatophaga stercoraria vacant à leurs occupations. (Photographie prise par le généreux et sympatique site : http://aramel.free.fr)

Un autre exemple est celui du chantage : le mâle Abedus herbeti accepte de s'occuper des oeufs, de les porter, et d'ainsi mettre sa vie en danger à l'unique condition que la femelle ne se reproduise qu'avec lui.

Et des stratégies comme ça, il en existe bien d'autres, mais une a vraiment retenu mon intention par son côté bigrement cocasse. Chez l'espèce Cotesia rubecula, la femelle ne reste réceptive que quelque temps après l'accouplement. Donc le mâle doit s'assurer que celle ci ne sera pas approchée pendant ce court laps de temps. Non, il ne va pas au front et affronte les autres mâles, non il ne planque pas la femelle, non, rien de tout cela. Il fait tout simplement ressortir son côté féminin. Il se met dans une posture hautement attirante pour les mâles avoisinants et les aguiche comme le ferait une femelle. Ainsi, les concurrents, subjugués en oublient la femelle dont la réceptivité ne fait que diminuer jusqu'à disparaître. Bingo, même si sa fierté masculine en prend un coup, le succès est total : il s'est reproduit, et s'est assuré de la paternité.

Cotesia rubecula

En bref, quand vous aurez du temps et envie de vous marrer un peu, lisez ce papier (cité en intro). Je précise tout de même que toutes les réflexions anthropocentrées que je fais sont purement pour le style ;).

dimanche 2 août 2009

La guerre du parfum

Dans la nature, certaines espèces n'usent pas d'armes dangereuses pour se battre. Le coût des blessures étant trop lourd et bien inutile, des petites abeilles solitaires d'Amérique centrale et du sud ont décidé de se battre à coup de...parfum.
Les mâles de cette espèce, lors de la saison des amours, offrent du parfum aux demoiselles de leur choix, et pas n'importe quel parfum ! Ils offrent de l'essence d'orchidée qu'ils se sont décarcassés à fabriquer eux-mêmes avec leurs petites pattes musclées.

Orchidée d'Amérique du sud

Selon une méthode ancestrale que nous humains, avons également utilisée, les mâles étalent sur les substances odorantes des fleurs une pâte grasse qui absorbe les molécules de parfum (méthode de l'enfleurage). Le tout est collecté dans des petites poches spéciales sur les pattes arrière, donnant au final "un bouquet riche et sexy" de molécules selon les mots de l'écologue Thomas Eltz de l'université de Düsseldorf. Cette collecte prend un temps important de la vie des mâles Euglossines, et pour cause. L'effluve qu'ils émettent sert à la fois à prévenir les femelles de leur présence et prévient de la qualité du mâle qui la porte. En effet plus le bouquet est riche, plus le mâle est "fort" (= sexy dans les yeux d'une abeille femelle).
Mais pas seulement, lorsque deux mâles convoitent le même espace ou la même femelle, une joute se met en place. Un vol rituel embaumé de parfum. Chaque mâle étale son parfum sur ses ailes avant le combat, s'assurant ainsi que son emprunte aromatique sera correctement diffusée. Chacun des protagonistes estimera la richesse du bouquet de son adversaire, et le plus ettofé remportera la victoire. Pas d'émission d'hémolymphe dans cette histoire !

Mâle Euglossine

Mais au fait, pourquoi le parfum? He bien il semblerait que ces petites abeilles soient dépourvues de phéromones, vous savez, ces hormones volatiles qui servent de moyen de communication chez de nombreuses espèces. Or il a été découvert que chaque espèce d'euglossine possède des substances spécifiques dans leur parfum. En bref, chaque espèce fait son mélange qui serait utilisé exactement comme des phéromones !

Mâle Euglossine

Moi personnellement ça me rappelle un peu une autre grosse bestiole : nous. avec notre cerveau dédié à la cognition, les phéromones que nous émettons n'ont presque aucun effet sur nos comportements. Alors nous aussi nous avons imaginé 36 moyens pour les remplacer (rappellez vous les pubs Axe par exemple :). Si nous pouvions pousser la comparaison au maximum et nous battre à coup de pshit de parfum, ça serait vraiment top !

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Source : L'excellent Hors Serie du courrier international juin-juillet-aout 2009 "Pas bêtes !"

jeudi 30 juillet 2009

Villefort 2009 forever...

Et voilà...C'est terminé...Un mois et demi d'aventures, d'écologie de terrain pur et dur. Un mois et demi de travail H24 7j/7. Un mois et demi intense de vie partagée entre chercheurs et stagiaires. Comment trouver les mots pour raconter une expérience si unique, si formidable dans la vie d'une jeune étudiante de 20 ans. Rude serait l'adjectif pour décrire la vie là bas, de l'à peu près en permanence, des horaires intenables et pourtant tenus avec fierté. Une expérience humaine...Inoubliable. De la passion pour l'écologie est née une amitié inespérée entre nous, d'une incroyable solidité. Entre les chercheurs et nous, de la proximité est né un respect d'autant plus grand que nous étions proches.

Photographie d'un mâle lézard vivipare que je tiens dans mes mains

Des paysages de rêve, des journées intenses de chasse au lézard vivipare, des heures dans un laboratoire niché dans un petit village de la Lozère : Villefort. Veiller sur un élevage de x lézards rend légèrement obsessionnel, E34 qui ne voulait jamais manger sa teigne, H36 qui montait toujours sur son abri pour profiter de la chaleur de la lampe, I51, une lézarde enceinte jusqu'au cou dont j'attendais l'accouchement avec impatience et inquiétude. Je les connaissais toutes, chacune avec leurs habitudes, et quel bonheur quand les lézardeaux naissaient. Petits et frêles, tout juste sortis de leurs membranes, mais déjà prêts à conquérir leur monde. Des heures à veiller sur eux, pour 1 minute à les voir partir lors des lâchers.

Photographie d'une femelle lézard vivipare encore enceinte lors d'un lâcher

Un juvénile, quelques secondes après le lâcher

Jamais je n'oublierai ces chercheurs exceptionnels qui furent avec nous d'une simplicité et d'une accessibilité unique. Des gens brillants, passionnés par leur travail, qui partagèrent leur savoir sans concession...

Paysage près des gorges du Tarn où nous allions capturer les lézards

Étudiants, sachez qu'il n'y a rien de plus formateur autant personnellement que professionnellement qu'un vrai stage de terrain. Même si ça semble difficile, fatiguant, et rude, le retour qui vous est offert vaut bien ces efforts.
Jamais je n'oublierai cette expérience, les gens, les paysages, c'est pourquoi je dis à Villefort : rendez vous l'an prochain pour de nouvelles aventures ... !