Ce billet est un billet particulier, puisqu'il consiste en une vidéo, que j'ai fait à Roscoff lors de mon stage en biologie et écologie marine. Étant une fan invétérée des Bernard l'hermite, je me suis fait le plaisir d'en ramasser tout un tas lors de nos échantillonnages sur le littoral et de les ramener dans notre aquarium. J'en ai pris un certain nombre, les plus petits en fait, et je leur ai proposé tout un tas de coquilles vides pour espérer observer des changements de coquilles (pour plus d'information, il faut lire mon poste précédent qui traite de ce sujet).
Donc je suis fière de vous présenter mon premier micro-reportage, avec des commentaires dignes d'une future Attenborough. Non sérieusement je suis désolée des commentaires que je fais sur la vidéo, je n'avais pas pensé qu'un jour je la publierai sur mon blog. Donc aux puristes : prendre cette vidéo avec humour !
Remerciements spéciaux à Matthieu pour m'avoir prêté son appareil numérique, et m'avoir fait un super zoom sur la fin. Et à Lorelei pour son enthousiasme sur toute la fin de la vidéo ;).
Aucun animal n'a été blessé lors du tournage, et tous les individus ont été relâchés dans leur milieu naturel :).
Ps : je n'avais finalement pas, après vérification, d'animal dans ma chaussure.
Lors d'une balade au bord de l'océan, en fin de soirée, j'ai pu observer quelque chose d'assez extraordinaire et, ma foi, plutôt amusant : des milliers de Bernard l'ermite roulant boulant dans les vagues, s'échangeant pendant les quelques secondes de répit, des coquilles plus ou moins saillantes.
Magnifique photo de Bernard l'ermite.
La scène était très impressionnante et m'a donné l'envie d'en faire un petit sujet. En effet, la vie de Bernard l'ermite est pour le moins mouvementée. Dotés d'un abdomen tout mou et hautement fragile, la plupart de ces crustacés décapodes doit se munir d'une coquille vide provenant d'un autre organisme afin de se protéger du monde extérieur. Le problème, c'est qu'au fur et à mesure de la croissance, il leur faut trouver de nouvelles coquilles qui épousent au mieux leurs formes (oui j'abuse avec l'image vestimentaire je sais).
Ha ben c'est tout de suite moins mignon quand ça n'a pas de coquille...
Et ce n'est pas une mince affaire ! Les ressources en coquilles vides sont rares et hautement convoitées. Ainsi, plusieurs stratégies sont utilisées : une attitude de recherche au hasard, des réunions aux zones riches en coquilles et l'échange entre individus. Les deux dernières méthodes, souvent réunies en une seule sont très efficaces. En effet, les Bernard l'ermite sont attirés vers les zones de prédation de coquillages (consommés par divers prédateurs qui n'abiment pas la coquille), et viennent donc attendre l'arrivée d'une nouvelle coquille bien fraîche. Premier arrivé, premier servi ! L'individu essaie donc la coquille et si celle ci ne lui plait pas, il entame alors une chaîne d'échange avec ses congénères présents sur place. Ainsi, on peut observer un vrai marché de la coquille lors de ces grands rassemblements.
Et il faut savoir que ces charmants animaux sont fines bouches. Considérant l'importance de la coquille dans les différentes histoires de vie de l'individu, que ce soit en terme de protection envers les prédateurs, en croissance, reproduction etc, un véritable choix est fait par l'individu pour l'espèce, taille, forme, et solidité de la coquille.
Ceux ayant des Bernard l'ermite domestiques, leur offrent parfois des coquilles peintes. Qu'en pensent les intéressés?
Et d'autres espèces ont développés des stratégies encore plus intéressantes pour optimiser leurs coquilles. C'est le cas du Grand Bernard l'ermite :Dardanus pedunculatus, qui vit en symbiose avec une anémone Calliactis parasitica. Celle ci, habituellement bien fixée sur son substrat se laisse prendre dans les pinces du Bernard qui la pose sur sa coquille à laquelle l'anémone se cramponne fermement. A chaque changement de coquille, le Bernard récupère sa petite anémone et la remet sur sa nouvelle coquille. L'avantage pour le crustacé est évident : recouvert d'une anémone aux tentacules urticants, peu de prédateurs vont s'en approcher. De son côté, l'anémone elle, récupérera les déchets faits par le Bernard quand celui ci se nourrit de proies. Génial non?
Un grand Bernard l'ermite et deux anémones sur la coquille. Trouvée ici
Un autre Bernard l'ermite fait également une symbiose, mais pas avec une anémone, mais avec une éponge de mer. Dans cette symbiose, l'histoire est légèrement différente. Le Bernard prend une coquille, puis l'éponge (Ficulina ficus par exemple) se pose sur cette dernière. Mais cette éponge a la caractéristique particulière de sécréter une substance dissolvant le coquillage. Ainsi l'éponge se retrouve en contact direct avec le Bernard. L'avantage de porter une éponge plutôt qu'un coquillage, c'est que le crustacé n'a plus besoin de passer du temps à chercher de nouvelles coquilles ! L'éponge se modèle en fonction des formes de son hôte ! En échange, l'éponge, tout comme l'anémone, récupère les divers déchets produits par le Bernard l'ermite.
Autres espèces que celles dont j'ai parlé, mais même histoire. "Photographié à Thau, ce Bernard l'ermite très caractéristique des milieux marginaux est entouré d'une éponge Suberites domunculus, « domunculus » signifiant « petite maison »." Site source
Donc voilà quelques histoires amusantes sur nos cousins lointains les Bernard l'ermite !
Et ça c'est parce que ça me fait beaucoup rire et que je trouve que le monsieur qui fait ces dessins est très drôle voilà. __________________________________________________________________