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dimanche 2 août 2009

La guerre du parfum

Dans la nature, certaines espèces n'usent pas d'armes dangereuses pour se battre. Le coût des blessures étant trop lourd et bien inutile, des petites abeilles solitaires d'Amérique centrale et du sud ont décidé de se battre à coup de...parfum.
Les mâles de cette espèce, lors de la saison des amours, offrent du parfum aux demoiselles de leur choix, et pas n'importe quel parfum ! Ils offrent de l'essence d'orchidée qu'ils se sont décarcassés à fabriquer eux-mêmes avec leurs petites pattes musclées.

Orchidée d'Amérique du sud

Selon une méthode ancestrale que nous humains, avons également utilisée, les mâles étalent sur les substances odorantes des fleurs une pâte grasse qui absorbe les molécules de parfum (méthode de l'enfleurage). Le tout est collecté dans des petites poches spéciales sur les pattes arrière, donnant au final "un bouquet riche et sexy" de molécules selon les mots de l'écologue Thomas Eltz de l'université de Düsseldorf. Cette collecte prend un temps important de la vie des mâles Euglossines, et pour cause. L'effluve qu'ils émettent sert à la fois à prévenir les femelles de leur présence et prévient de la qualité du mâle qui la porte. En effet plus le bouquet est riche, plus le mâle est "fort" (= sexy dans les yeux d'une abeille femelle).
Mais pas seulement, lorsque deux mâles convoitent le même espace ou la même femelle, une joute se met en place. Un vol rituel embaumé de parfum. Chaque mâle étale son parfum sur ses ailes avant le combat, s'assurant ainsi que son emprunte aromatique sera correctement diffusée. Chacun des protagonistes estimera la richesse du bouquet de son adversaire, et le plus ettofé remportera la victoire. Pas d'émission d'hémolymphe dans cette histoire !

Mâle Euglossine

Mais au fait, pourquoi le parfum? He bien il semblerait que ces petites abeilles soient dépourvues de phéromones, vous savez, ces hormones volatiles qui servent de moyen de communication chez de nombreuses espèces. Or il a été découvert que chaque espèce d'euglossine possède des substances spécifiques dans leur parfum. En bref, chaque espèce fait son mélange qui serait utilisé exactement comme des phéromones !

Mâle Euglossine

Moi personnellement ça me rappelle un peu une autre grosse bestiole : nous. avec notre cerveau dédié à la cognition, les phéromones que nous émettons n'ont presque aucun effet sur nos comportements. Alors nous aussi nous avons imaginé 36 moyens pour les remplacer (rappellez vous les pubs Axe par exemple :). Si nous pouvions pousser la comparaison au maximum et nous battre à coup de pshit de parfum, ça serait vraiment top !

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Source : L'excellent Hors Serie du courrier international juin-juillet-aout 2009 "Pas bêtes !"

lundi 27 avril 2009

La guerre des sexes

Dans le monde de la reproduction sexuée, on observe des comportements étonnants. Les mâles rivalisent d'ingéniosité pour avoir des femelles. Armes, territoires, ressources, ou apparence, tout est bon pour séduire madame.
Mais pourquoi en arrive-t-on là? Et pourquoi pas l'inverse?

Cas remarquable de la mouche à yeux pédonculés : le mâle a les yeux au bout de ces longs pédoncules et....se bat avec ses yeux façon massue contre les autres mâles pour gagner l'affection de la femelle. Une méthode de drague pour le moins tape à l'oeil. (applause).

La réponse réside dans les gamètes. Les quoi? Les gamètes, ce sont ces cellules sexuelles que vous connaissez bien : le spermatozoïde et l'ovocyte. Ces deux cellules sont à la fois très semblables mais aussi très différentes. Toutes les deux sont, certes et entre autres, haploïdes (portent que la moitié du génome de l'individu), et sont "faites" pour constituer un zygote (cellule œuf, pouvant éventuellement donner un nouvel organisme) lors de leurs rencontres, mais elles diffèrent par leur taille et leur quota de production. Je m'explique. Si l'on considère qu'une femme fait un ovocyte par mois, de 12 à 50 ans, elle produira 456 ovocytes fécondables dans sa vie. Chez l'homme, une seule éjaculation contient environ 200 millions de spermatozoïdes !!!
Vous constatez donc une différence certaine entre ces deux quotas de production. Mais ce n'est pas tout, l'ovocyte est une grosse cellule contenant beaucoup de réserves, alors que le spermatozoïde lui, est tout petit avec très peu de réserves.


Mais où veux-je en venir? Tout simplement, avec ces chiffres, on peut voir que l'ovocyte est une ressource rare, et que comme tout ce qui est rare, va susciter la convoitise. On comprend ainsi que les femelles méritent bien que les mâles se battent pour elle et que ce ne soit pas l'inverse. Le gamète mâle est abondant et facile à trouver contrairement au gamète femelle, à la fois rare et précieux. Ceci expliquant aussi le soin tout particulier que de nombreuses femelles portent au choix du partenaire : gâcher un ovocyte revient à perdre énormément d'énergie et de temps pour la femelle...

Ovocyte

Mais pourquoi une telle différence finalement? Pourquoi chacun n'a pas un gamète entre les deux...Pas en faire trop, et pas trop riche ni trop pauvre en réserve? Et bien cela s'explique par des simulations. Il s'avère que les deux stratégies les plus efficaces sont :

-produire beaucoup mais de faible qualité (spermatozoïde)
-produire peu mais de forte qualité (ovocyte)
Un mélange des deux étant visiblement contre-sélectionné par les modèles. Il s'agit en fait tout simplement d'un trade-off (compromis) entre la qualité et la quantité!

Et voilà un mystère de la vie expliqué. Mais attention, dame Nature nous réserve bien des surprises et rien n'est jamais simple. Les contre-exemples se ramassent à la pelle bien évidemment (sinon ça serait pas marrant) ! Par exemple, chez certaines espèces d'oiseaux (le phalarope à bec étroit par exemple), ceux sont les femelles qui sont toutes colorées, font la cour aux mâles et se battent, pendant que le mâle choisit sa partenaire, et couve les œufs. Belle inversion des rôles qui s'explique par le fait que le soin aux jeunes est également un important critère de sélection et qu'un mâle qui s'occupe bien de ses petits, ben ça court pas forcément la calotte polaire, et que ça peut donc à son tour, devenir la ressource rare (n'est ce pas mesdames!!!)! Bon et puis en plus, on pourra noter qu'après la ponte, les rôles sont inversables alors que chez les mammifères, il y a allaitement etc, mais ça ne dédouane pas ces messieurs de filer un coup de main !

mercredi 2 juillet 2008

La lumière des abysses


Dans les abysses, on peut trouver toutes sortes de bizarreries. A de telles profondeurs, les animaux ne ressemblent plus à ce que nous connaissons. Les poissons sont de véritables terreurs, avec une bouche composant les 3/4 de leur corps et des dents à faire frémir les grands blancs. Parallèlement, certains d'entre eux, notamment les Poissons Lanternes, utilisent un moyen de chasse des plus lumineux : une petite lanterne au bout d'un appendice qu'ils agitent devant leurs bouches.

Poisson Lanterne

Tels des insectes virvoletant autour des bulbes lumineux, les proies de ces monstres sont irrésistiblement attirées par cette petite lanterne (pourquoi ? C'est une super question dont je cherche la réponse actuellement).

Mais petite question : d'où vient cette lumière? Ce phénomène est appelé bioluminescence, c'est en réalité de la lumière froide (n'émettant que très peu de chaleur), émise par une réaction chimique entre la luciférine et son enzyme : la luciférase. Les deux éléments forment un complexe qui s'oxyde, passe dans un état excité (c'est à dire que son niveau d'énergie est trop élevé comparé à la situation de base), et doit donc décharger cette énergie : et bien sûr, c'est sous forme de photon que cela se produit.

Schéma de la production de photon grâce à la luciférine

L'émission de lumière peut se faire de différentes façons : en intracellulaire, tous les composants sont sous la peau et la lumière émise traverse celle ci (ex : les lucioles); en extra cellulaire, les composants sont lâchés dans le milieu créant un nuage lumineux (ex calamar), ou encore (et c'est le plus intéressant) en symbiose avec des bactéries luminescentes. En effet, certaines espèces possèdent sous leur peau des photophores, véritables niches à bactéries, où ces dernières se développent tranquillement produisant la lumière désirée par l'hôte, qui de son côté module l'intensité lumineuse grâce à son système nerveux relié aux photophores.

Outre la chasse, la bioluminescence est utilisée pour de nombreuses choses et chez de nombreuses espèces (méduses, calamars, divers insectes etc). Les signaux lumineux peuvent être émis pour communiquer, attirer un compagnon pour la reproduction, se camoufler etc...Se camoufler? En émettant de la lumière??? Non non, je ne me moque pas de vous, c'est en réalité très efficace chez les animaux aquatiques. En effet, les prédateurs arrivent souvent du fond des océans, repérant leurs proies par dessous grâce à l'ombre formée. En illuminant son propre ventre d'une lumière clair, le poisson proie se rend "invisible" à l'oeil des prédateurs!

Ce que voit un prédateur d'en dessous : des ombres



mardi 17 juin 2008

Le bon, la brute et le truand

Au Etats-Unis, on peut trouver un lézard à flancs tachés dont les mœurs sont plus que surprenantes. Les mâles, dans le but de séduire les femelles, ont élaboré trois grandes techniques de « séduction ». L’un se la joue coureur de jupon, se réservant un harem de 3 à 5 femelles, le second est plutôt un romantique, fidèle et protecteur d’une unique demoiselle, et le dernier est un filou, volant les promises des autres dès qu’il en a l’occasion.

Ces trois types de mâles exhibent chacun une couleur au niveau de leur gorge qui indique à quel type de mâle les femelles vont avoir à faire. Les premiers portent de l’orange, les seconds du bleu et le troisième du jaune. Ce polymorphisme chromatique a été conservé malgré les guerres intestines que se font ces 3 castes et il semblerait d’ailleurs que ces batailles soient cycliques. En effet, lorsque les oranges dominent la situation, ils ont tendance à avoir les yeux plus gros que le reste et ne savent plus vraiment où donner de la tête, en conséquence, les jaunes se font une joie de voler les femelles qui ne sont pas assez veillées. Et cette situation permet également aux bleus de revenir dans le système, car les femelles des bleus, elles, sont imprenables. Mais aucun règne n’étant éternel, les bleus se font détrôner par des oranges plus fort physiquement et plus bagarreurs qui ne veulent pas finir en reste. Et le cycle de couleur recommence à nouveau pour une durée de 3 à 4 ans.

Ce polymorphisme peut sembler surprenant au premier abord, mais il se révèle fort utile pour éviter aux mâles des combats inutiles et pour les femelles de choisir le type de partenaire qui convient le mieux en fonction des circonstances.

Chez les humains, ces stratégies de séduction existent également, mais heureusement, nos signaux sont tout de même plus discrets !



Ce système à été décri par Barry Sinervo

jeudi 13 décembre 2007

La repro de la méduse

Vous savez tous à quoi ressemble une méduse, un animal tranquille qui nage au gré des courants, mais dont il ne faut pas s'approcher de trop près sous peine d'avoir des brulures douloureuses.
Mais savez-vous d'où elles viennent? Vous êtes vous déjà posé la question "Mais à quoi peut bien ressembler un bébé méduse?", non? C'est normal. Mais je vais vous le dire quand même, car quand je l'ai appris, et quand je l'ai appris à d'autres personnes, nous avons tous eu une même réaction : la surprise.


D'abord un petit résumé de biologie, avec tout plein de mots barbares comme vous les aimez tant. Les méduses font parties de l'embranchement des Cnidaires. Ces animaux sont caractérisés, en autre, par deux phases de vie : la méduse et le polype.
Parmi les Cnidaires, on trouve 3 grands groupes : les anthozoaires (uniquement sous forme polype, comme les coraux que vous connaissez), les scyphozoaires (alternance de vie polype/méduse) et les hydrozoaires (alternance également sauf pour les hydres d'eau douce).


Qu'est-ce que ça signifie "une alternance polype/méduse"? Cela signifie que l'animal se trouve sous deux formes dont la forme méduse est la forme reproductive. Ainsi, quand le polype est mature, il va créer des petites méduses, qui s'en iront nager au large et se reproduire avec d'autres individus...La fécondation donnera une petite larve nageuse (planula) qui se posera au fond des océans pour recréer un nouveau polype.

Je vais donner l'exemple des scyphozoires et plus précisément de l'espèce répondant au doux nom d'Aurélia :



Voici la phase "polype" appelée strobile

Ici vous pouvez voir la bébé méduse appelée larve éphyra

Sur cette photo, vous voyez la méduse, très petite encore

Et enfin, la méduse à son stade adulte!

Voilà pour la petite histoire, je trouve que c'est une très jolie façon de naitre, c'est un peu comme une fleur sur un arbre.